MIME-Version: 1.0 Content-Location: file:///C:/C7379145/PaulineaLaPlage.htm Content-Transfer-Encoding: quoted-printable Content-Type: text/html; charset="us-ascii" Paroles

Paroles. Parler pour ne rien di= re est un sport très répandu, bon pour tous les âges, pour tou= tes les classes, pour tous les sexes. Surtout pour ceux qui sont mal à l= ’aise avec leur sexe et, plus en général, avec le sexe et, plus en général encore, avec la vie. Je n’ai connu aucune personne qu= i pût se vanter de ne avoir jamais parlé pour ne rien dire, mais, dans ce sport hautement humain, il y a bien des niveaux : si jouer dans l’équipe familiale est à la portée de tout le mo= nde, pour participer au tournoi des vingt cinq nations il ne suffit pas d’avoir une glotte exceptionnelle, il faut aussi un entraînement quotidien avec des efforts qui dévorent toutes les ressources de l’esprit.

J’avais vu Pauline à la plage de Éric Rohmer il y a une vingtaine.. Je me rappelle que je me suis légèrement emmerdé mais qu’au fond je l’av= ais aimé (le mot « fond » en parlant de ce film est assez mal à propos comme le serait « légèreté » en parlant des intégristes, mais je n’en ai pas trouvé d’autres = et quand on parle pour dire quelque chose, à moins de tomber dans un hermétisme pseudo mallarméen, on emploie parfois des termes q= ui ne sont pas à propos).

Je l’ai revu hier quelque jour après avoir vu « Fanfaron » — un film du= Dino Risi de vingt ans plus vieux que Pauline avec Vittorio Gasman et Jean-Louis Trintignant —  et je n’ai pas pu dépasser une demi heure. Le parler pour ne rien dire de Gasman nous installe dans un monde ou l= es paroles sont une nécessité pour résister au poids du conformisme ; celui d’Arielle Dombasle ajoute conformisme au conformisme et transforme en parole même le sexe. Mais qu’ont-i= ls les deux films e en commun, outre le fait que je les ai regardés l’un après l’autre ? Au-delà de la logorrhée, il y a la représentation du petit monde en vacance pour se libérer du travail.

Mais retournons à Pauline. Comment ai-je pu l’aimer il y a vingt ans ?= Sans doute parce qu’en ces temps là, petit intellectuel à outrance, je ne voyais pas le film mais le metteur en scène qui agis= sait comme un sociologue. C’était comme si je filmais le réalisateur qui filmait. Depuis, ayant appris à vivre dans ma tête, je n’ai plus besoin de celle fictive des autres, et alors= Pauline à la plage devient = un film sans intérêt. Un film facile, banal, rasant, prétentieux… Un réalisateur qui filmerait pendant deux heures, sans musique et sans commentaires, sous une lumière artificielle, caméra fixe, un caillou quelconque serait beaucoup plus parlant que cette perte d’idée de Rohmer.

Un chassé-cloîtré amoureux mêm= e si tout se passe au grand air.